L’air des villes africaines en plein essor est épais de gaz d’échappement, de fumée industrielle et de poussière provenant de constructions incontrôlées. Il s’agit à la fois d’un enjeu environnemental et d’une urgence de santé publique. La récente Conférence mondiale de l’OMS sur la pollution de l’air et la santé a mis à nu les conséquences dévastatrices d’une urbanisation rapide sans mesures de protection. Les données sont claires : les villes africaines s’étendent à une vitesse vertigineuse, mais les systèmes de protection des populations contre l’air toxique sont dangereusement à la traîne.
En 2019, la pollution de l’air était le deuxième facteur de risque de décès en Afrique, avec plus de 1,1 million de décès.
Le coût d’une croissance incontrôlée
L’urbanisation en Afrique se produit plus rapidement que partout ailleurs dans le monde. D’ici 2050, La population urbaine du continent devrait tripler. Pourtant, cette croissance est largement imprévue, avec peu de considération pour la qualité de l’air.
À Lagos, au Nigeria, une ville qui ajoute des milliers de voitures et de motos par jour, la concentration de particules fines (PM2,5) dépasse régulièrement de cinq fois les limites de sécurité de l’OMS. Les effets sur la santé sont stupéfiants. Une étude menée dans le cadre de La revue Lancet Planetary Health a constaté que la pollution de l’air contribue à plus de décès au Nigeria que le VIH/sida et le paludisme réunis.
Le problème est aggravé par la faiblesse de la réglementation. De nombreuses villes africaines ne disposent même pas de systèmes de surveillance de base de la qualité de l’air. Sans données, les gouvernements ne peuvent pas mesurer la crise, et encore moins y faire face. « Vous ne pouvez pas gérer ce que vous ne mesurez pas », a déclaré le Dr Patrick de Marie Katoto, un chercheur en santé environnementale qui a pris la parole lors de la conférence de l’OMS. « L’Afrique vole à l’aveuglette en matière de pollution de l’air. » Il a fait ces remarques lors de la deuxième Conférence mondiale de l’OMS sur la pollution de l’air et la santé qui s’est tenue du 25 au 27 mars 2025 à Carthagène, en Colombie.
L’exposition à la pollution de l’air est liée aux maladies respiratoires, aux maladies cardiovasculaires et aux décès prématurés. Les enfants sont particulièrement vulnérables ; Une étude a révélé que des millions d’adolescents africains souffrent d’asthme non diagnostiqué, exacerbé par la pollution de l’air urbain. Les chercheurs ont interrogé 27 000 étudiants des zones urbaines de six pays africains, et ont constaté que plus de 3 000 d’entre eux présentaient des symptômes d’asthme, bien que moins d’un tiers aient reçu un diagnostic formel.
L’expansion industrielle au détriment de la santé
La croissance industrielle, l’un des principaux moteurs des ambitions économiques de l’Afrique, rend l’air encore plus mortel. Les usines fonctionnent souvent sans contrôle de la pollution, crachant du dioxyde de soufre, des oxydes d’azote et des métaux lourds dans l’air. Dans le centre industriel de l’Afrique du Sud, qui dépend du charbon, les émissions toxiques ont fait de la région l’un des pires points chauds de dioxyde d’azote au monde, rivalisant avec certaines parties de la Chine et de l’Inde.
Les conséquences sur la santé sont désastreuses. Une étude réalisée en 2023 à Durban a établi un lien entre l’exposition prolongée aux émissions industrielles et une forte augmentation des maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les travailleurs de ces régions signalent une toux chronique, des étourdissements et de la fatigue, mais la nécessité économique les maintient au travail. « Les gens sont obligés de choisir entre leur santé et leurs moyens de subsistance », a déclaré Thando Ndlovu, un militant communautaire d’Afrique du Sud qui a assisté à la conférence de l’OMS.
À Sasolburg, en Afrique du Sud, les habitants sont confrontés à de graves problèmes de santé en raison des émissions des raffineries de charbon liquide. Les familles signalent des problèmes respiratoires, les enfants éprouvant des difficultés respiratoires aiguës. Malgré des normes d’émission plus strictes, les entreprises ont obtenu des exemptions, invoquant les coûts élevés de la rénovation des installations plus anciennes.
Le bilan humain de l’air toxique
La pollution atmosphérique ne cause pas seulement des maladies pulmonaires, elle affecte presque tous les organes du corps. Des recherches émergentes l’associent aux accidents vasculaires cérébraux, aux crises cardiaques et même au déclin cognitif. Les enfants sont particulièrement vulnérables. À Nairobi, Les pédiatres signalent une augmentation des cas d’asthme, de nombreux enfants nécessitant une hospitalisation pendant les périodes de pic de pollution.
Le fardeau économique est tout aussi écrasant. La Banque mondiale estime que la pollution de l’air coûte chaque année des milliards aux économies africaines en dépenses de santé et en perte de productivité. Pourtant, malgré ces coûts, les investissements dans les solutions d’air pur restent pitoyablement faibles.
La pollution de l’air impose des charges économiques considérables. Le coût mondial pour la santé associé à l’exposition à la pollution atmosphérique a été estimé à 8,1 billions de dollars américains en 2019. Investir dans un air plus pur n’est pas seulement un impératif moral de santé, mais aussi une stratégie économique solide pour réduire les coûts des soins de santé, stimuler la productivité et favoriser le développement durable tout en atténuant le changement climatique.
Conférence mondiale de l’OMS sur la pollution de l’air et la santé
La deuxième Conférence mondiale de l’OMS sur la pollution de l’air et la santé, qui s’est tenue en mars 2025, a exprimé l’urgence de s’attaquer à cette crise. Plus de 700 participants de 100 pays se sont réunis pour discuter des solutions.
L’un des principaux résultats a été l’engagementpar plus de 50 pays, villes et organisations pour réduire de 50 % les impacts sur la santé liés à la pollution de l’air d’ici 2040. Cet objectif ambitieux, s’il est atteint, pourrait sauver des millions de vies chaque année.
Toutefois, la réalisation de ces réductions nécessitera des mesures décisives. Les pays africains doivent donner la priorité à la transition vers des sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie solaire, éolienne et hydroélectrique afin de réduire leur dépendance aux combustibles fossiles. L’expansion des systèmes de transport public efficaces peut contribuer à réduire le nombre de véhicules privés, réduisant ainsi les émissions des véhicules.
Les gouvernements doivent également appliquer des réglementations plus strictes sur les émissions industrielles et les normes pour les véhicules, tout en promouvant des pratiques de cuisson propres pour réduire la pollution de l’air intérieur, un risque majeur pour la santé de nombreux ménages à faible revenu.
L’intersection de l’urbanisation, de la croissance industrielle et de la pollution de l’air en Afrique présente des défis complexes. Cependant, des politiques éclairées, la coopération internationale et les engagements locaux peuvent atténuer ces impacts. La lutte contre la pollution de l’air n’est pas seulement une préoccupation environnementale, mais aussi un impératif de santé publique et économique. En l’absence d’une intervention urgente, les coûts humains et financiers ne feront qu’augmenter, compromettant les perspectives de développement de l’Afrique.
L’Afrique se trouve à la croisée des chemins. Il peut soit répéter les erreurs des pays industrialisés, où des décennies de pollution incontrôlée ont entraîné des dommages irréversibles pour la santé, soit tracer une voie plus propre et plus saine pour l’avenir. La conférence de l’OMS a été claire sur une chose : les outils pour résoudre cette crise sont disponibles. Ce qui manque, c’est l’urgence.
Comme l’a dit le Dr Maria Neira, directrice de la santé publique de l’OMS : « L’air pur n’est pas un luxe, c’est un droit humain fondamental. »