Les centres urbains de l’Afrique se réchauffent, résultat direct de l’expansion rapide et de la croissance rapide de la population. Des villes comme Lagos, Nairobi et Accra connaissent une croissance sans précédent. Mais cette croissance a un coût environnemental : la hausse des températures.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit que l’exposition à la chaleur en Afrique augmentera considérablement au cours des prochaines années. D’ici les années 2060, le nombre de jours où les températures dépasseront 40,6 °C pourrait atteindre 45 milliards de jours-personnes, soit le triple des taux d’exposition observés entre 1985 et 2005.
Cette chaleur affecte de manière disproportionnée les habitants des quartiers informels. Ces zones manquent souvent de services et d’infrastructures de base. Les mauvaises conditions de logement exacerbent l’impact de la chaleur.
Par exemple, une étude menée à Akure, au Nigeria, a révélé que les quartiers les plus pauvres sont plus exposés à la chaleur que les plus riches. Alors que 78 % des ménages des zones aisées disposaient de la climatisation, seuls 22 % des ménages des zones les plus pauvres pouvaient s’offrir de telles solutions de refroidissement.
L’urbanisation amplifie la chaleur. Le remplacement des paysages naturels par du béton, de l’asphalte et des habitations à haute densité intensifie l’effet d’îlot de chaleur urbain.
Ce phénomène fait que les villes retiennent plus de chaleur que les zones rurales environnantes. Les températures dans les espaces urbains peuvent être supérieures de plusieurs degrés, ce qui a un impact sur la qualité de l’air, la consommation d’énergie et la santé humaine.
À Lagos, par exemple, la température moyenne est constamment plus élevée dans le centre-ville que dans les zones périphériques. Des tendances similaires sont observées à Nairobi et à Accra. L’environnement dense et bâti emprisonne la chaleur, augmentant l’inconfort et les risques pour la santé, en particulier pour les populations vulnérables.
Efforts pour atténuer la chaleur
Pour contrer la hausse des températures, de nombreuses villes adoptent des solutions d’infrastructures vertes. Il s’agit notamment de jardins sur les toits, de forêts urbaines et de centres de refroidissement. L’objectif est de rendre les zones urbaines plus fraîches et plus durables.
Jardins sur le toit
Les jardins sur les toits sont de plus en plus courants à Nairobi, où certains bâtiments commerciaux et résidentiels transforment les toits en espaces verts. Cette approche permet d’abaisser les températures intérieures en fournissant une isolation contre le soleil. Des études montrent qu’un bâtiment avec un jardin sur le toit peut réduire les températures intérieures jusqu’à 2 °C.
Mais Nairobi est confrontée à des défis. Les toits verts nécessitent un entretien régulier, ce qui peut être coûteux. Pourtant, les avantages immédiats de la réduction de la chaleur sont évidents. Les résidents signalent également une amélioration de la qualité de l’air autour de ces bâtiments.
À Lagos, des systèmes de végétalisation verticale sont testés, en utilisant des tuyaux en polyéthylène haute densité pour faire pousser des légumes sur les murs des bâtiments. Les résidents ont signalé que ces jardins produisent non seulement des produits frais, mais aident également à rafraîchir leurs maisons, avec des réductions de température allant jusqu’à 5 °C enregistrées dans les zones où ces systèmes sont installés.
Forêts urbaines
Les forêts urbaines offrent une autre solution. En plantant des arbres dans les limites de la ville, les villes peuvent créer de l’ombre naturelle, réduire la chaleur et améliorer la qualité de l’air. Accra a lancé une initiative notable de foresterie urbaine, visant à augmenter la couverture verte de la ville de 10 % au cours de la prochaine décennie.
Les arbres abaissent les températures de surface et de l’air par l’ombre et l’évapotranspiration, où l’eau s’évapore des feuilles. Cet effet peut réduire les températures jusqu’à 5°C dans les zones ombragées. À Accra, les forêts urbaines ont déjà fait une différence notable dans certains quartiers.
Cependant, les forêts urbaines ont besoin d’espace. Le programme d’Accra a dû négocier avec les propriétaires fonciers et les promoteurs pour réserver des espaces verts dans les nouveaux développements. Le financement reste un autre obstacle, car la plantation et l’entretien des arbres en milieu urbain exigent des ressources constantes.
À Freetown, en Sierra Leone, un projet de plantation d’un million d’arbres vise à lutter contre le stress thermique et à améliorer la qualité de l’air. Il est scientifiquement prouvé que de telles initiatives abaissent efficacement les températures de surface et améliorent l’environnement urbain global.
Centres de refroidissement communautaires
À Lagos, les centres de refroidissement communautaires sont désormais accessibles au public. Ces espaces climatisés offrent un soulagement lors des périodes de chaleur extrême. Les résidents qui n’ont pas accès à la climatisation à la maison peuvent utiliser ces centres pour échapper à la chaleur. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une solution permanente, ces espaces offrent un soulagement temporaire et réduisent les maladies liées à la chaleur.
Pourtant, l’entretien des centres de refroidissement est coûteux. Les pannes de courant, un problème courant à Lagos, compliquent encore la fiabilité des centres. Le financement limité signifie également que les centres de refroidissement ne se trouvent que dans certains quartiers, manquant souvent les communautés les plus pauvres qui en ont le plus besoin.
À Nairobi, les dirigeants locaux plaident en faveur d’un plus grand nombre de centres de refroidissement dans les quartiers informels, reconnaissant la nécessité de trouver des refuges pour les populations vulnérables, en particulier les personnes âgées et les enfants, qui sont plus sensibles aux maladies liées à la chaleur.
Succès et échecs de l’infrastructure verte
Les infrastructures vertes, malgré leurs promesses, ont des limites. Chaque approche (jardins sur les toits, forêts urbaines, centres de refroidissement) présente des avantages et des défis. Une étude de l’Institut de Nairobi pour l’adaptation au climat a révélé que si les espaces verts peuvent réduire les températures, ils n’éliminent pas le stress thermique. Le même rapport souligne que les baisses de température varient en fonction de la disposition de la ville, du type de végétation et du climat.
Les données du programme forestier d’Accra montrent que si l’initiative a abaissé les températures locales, elle s’est également heurtée à la résistance des promoteurs qui ont fait valoir que les espaces verts réduisaient les terres disponibles pour le logement. À Lagos, les recherches indiquent que les centres de refroidissement fournissent un soulagement essentiel, mais qu’ils sont sous-financés et en sous-effectif.
De tels projets verts nécessitent des investissements considérables, mais leur financement reste un défi. La Banque mondiale estime que les villes africaines auront besoin de 40 milliards de dollars par an pour s’adapter à la hausse des températures et à d’autres impacts liés au climat. En l’absence de ressources adéquates, ces initiatives risquent de stagner.
Équité dans l’accès aux solutions de refroidissement
L’efficacité de ces projets d’infrastructures vertes est étayée par des données. Des études indiquent que le verdissement urbain peut abaisser les températures de l’air et des surfaces.
Par exemple, l’ombrage des arbres à Akure a permis de réduire l’utilisation de la climatisation, ce qui a permis aux ménages d’économiser jusqu’à 218 $ par an sur les coûts énergétiques.
De plus, l’engagement communautaire joue un rôle clé dans le succès de ces initiatives. Les résidents des établissements informels possèdent des connaissances précieuses sur leur environnement local.
En les impliquant dans la planification et l’entretien des espaces verts, les villes peuvent renforcer l’efficacité de ces projets. La formation des habitants aux techniques de micro-jardinage leur permet de s’approprier les initiatives vertes locales.
L’une des principales préoccupations en matière d’infrastructure verte est l’accès équitable. Souvent, les communautés marginalisées sont les premières à faire face à la chaleur extrême, mais les dernières à bénéficier des initiatives de refroidissement. À Nairobi, les quartiers à faible revenu ont moins d’espaces verts et n’ont pas accès aux jardins sur les toits ou aux centres de refroidissement.
Les projets axés sur l’équité peuvent aider à combler cette lacune. À Accra, par exemple, une ONG locale s’associe au gouvernement pour planter des arbres dans les quartiers défavorisés. À Lagos, les responsables de la ville envisagent des subventions pour développer les centres de refroidissement dans les zones mal desservies.






