L’Afrique prend des mesures audacieuses pour lutter contre la pollution plastique

Photo : PNUE

Développement durable

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L’Afrique est confrontée à une importante crise des déchets plastiques, avec des pays comme le Rwanda, le Kenya et l’Afrique du Sud qui mettent en œuvre des stratégies innovantes pour lutter contre ce problème. Ces pays adoptent des mesures telles que l’interdiction du plastique, les innovations en matière de recyclage et les solutions communautaires pour relever le défi environnemental croissant.

Le défi de la pollution plastique en Afrique

La pollution plastique est une préoccupation urgente en Afrique, où l’urbanisation rapide et les systèmes limités de gestion des déchets exacerbent la pression environnementale. Lors de la récente Assemblée générale des Nations Unies (AGNU), le président kenyan William Ruto a expliqué l’impact sévère des déchets plastiques, en particulier sur des secteurs comme l’agriculture et le tourisme, qui perdent environ 13 milliards de dollars par an à cause de la pollution.

Avec plus de 7 milliards de tonnes de déchets plastiques générés dans le monde et une production de plastique qui devrait doubler au cours des 20 prochaines années, les pays africains reconnaissent la nécessité de trouver des solutions proactives et localisées. En l’absence d’action immédiate, les déchets plastiques qui se déversent dans les océans devraient tripler d’ici 2040, ce qui pose de graves risques pour la vie marine et la santé humaine.

Actions législatives contre les déchets plastiques

Plusieurs pays africains ont adopté une législation stricte pour réduire les déchets plastiques, avec des réussites notables. En 2017, le Kenya a mis en place l’une des interdictions les plus strictes au monde des sacs en plastique à usage unique, renforcée par la loi nationale de 2020 sur la gestion des déchets.

Les résultats ont été significatifs, avec une réduction de 80 % des déchets plastiques signalée depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction.

Au Rwanda, une loi de 2008 interdisant les sacs en plastique a transformé le paysage du pays. Les rues autrefois jonchées de plastique sont aujourd’hui largement exemptes de détritus, et le Rwanda est considéré comme l’un des pays les plus propres d’Afrique.

L’Afrique du Sud a également imposé des taxes strictes sur les sacs en plastique, en utilisant les fonds générés pour soutenir les initiatives de recyclage et encourager l’utilisation d’alternatives biodégradables.

Transformer les déchets en ressources

Partout en Afrique, des startups innovantes explorent des moyens de réutiliser les déchets plastiques, en les transformant en matériaux de construction et en produits du quotidien.

Au Kenya, des entrepreneurs ont développé des alternatives écologiques aux matériaux traditionnels en transformant le plastique en briques de pavage. Ces briques en plastique sont moins chères, plus durables et très résistantes aux conditions météorologiques, offrant une solution viable aux besoins du pays en matière de logement.

De même, les startups sud-africaines utilisent des déchets plastiques pour produire des matériaux routiers, réduisant ainsi la dépendance à l’asphalte traditionnel.

Au Kenya, Gjenge Makers, fondée par Nzambi Matee, transforme les déchets plastiques en briques de pavage durables. Ces briques sont plus résistantes que le béton et offrent une option de matériau de construction abordable. Matee déclare : « Notre produit est presque cinq à sept fois plus résistant que le béton. »

De même, Kubik, qui opère au Kenya et en Éthiopie, recycle des déchets plastiques difficiles à recycler en matériaux de construction à faible coût et à faible émission de carbone. La startup traite environ 45 000 kilogrammes de déchets plastiques par jour, contribuant à la fois à la durabilité environnementale et aux solutions de logement abordable.

Au Nigeria, Vicfold Recyclers collabore avec les communautés pour collecter les déchets plastiques, qui sont ensuite transformés en résines pour la fabrication d’articles ménagers. Cette initiative permet non seulement de réduire la pollution plastique, mais aussi de créer des opportunités économiques pour les résidents locaux.

L’impact social de ces initiatives est important. Par exemple, le programme ClimateWorks du Kenya, qui a créé plus de 200 000 emplois, montre que les projets environnementaux peuvent stimuler la croissance économique tout en s’attaquant à des problèmes sociaux urgents.

En employant des personnes dans la collecte, le tri et la réaffectation des déchets, ces programmes réduisent non seulement les déchets, mais offrent également des opportunités d’emploi indispensables.

Solutions axées sur la communauté

Au-delà des politiques nationales et des startups, les communautés locales participent activement à la lutte contre la pollution plastique. Les initiatives communautaires de gestion des déchets dans des villes comme Nairobi et Le Cap se concentrent sur l’éducation du public sur les dangers de la pollution plastique et l’encouragement du recyclage.

Des groupes communautaires collectent, trient et vendent des plastiques recyclables, générant des revenus et promouvant la sensibilisation à l’environnement au niveau local.

Par exemple, au Burkina Faso, où les décès de bétail dus à l’ingestion de plastique sont fréquents, les dirigeants communautaires plaident pour une réglementation plus stricte des déchets et une amélioration des infrastructures d’élimination des déchets.

L’ancien ministre Roger Baro a proposé une taxe de 5 % sur les importations de plastique vierge, avec des fonds destinés à des projets environnementaux.

La nécessité d’une coopération mondiale

Bien que les pays africains fassent des progrès dans la gestion des déchets plastiques, ils sont toujours confrontés à des défis. Les infrastructures de gestion des déchets restent sous-développées et de nombreux pays ne disposent pas des ressources nécessaires pour construire des installations de traitement des déchets à grande échelle.

Le succès de la lutte de l’Afrique contre la pollution plastique dépendra, en partie, de la coopération mondiale et du soutien financier.

Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, la Directrice exécutive du PNUE, Inger Andersen, a déclaré que la pollution plastique est un « problème transfrontalier » nécessitant une réponse collective.

Andersen a expliqué que les pays africains, malgré leurs efforts proactifs, ne peuvent pas lutter seuls contre les déchets plastiques. Le traité en cours de négociation, dont la finalisation est prévue fin 2024, devrait jouer un rôle clé dans cet effort collectif.

M. Andersen a félicité des pays comme le Kenya et le Rwanda pour leur leadership et a exhorté les États membres à éviter de nouveaux retards.

L’Union européenne a exprimé ses inquiétudes quant au fait que les retards de certains pays pourraient affaiblir le traité, affectant de manière disproportionnée des régions comme l’Afrique. Des experts, tels que l’économiste tunisien Fadhel Kaboub, ont averti qu’un traité faible obligerait les pays africains à continuer à lutter contre les déchets plastiques avec des ressources limitées, risquant ainsi d’aggraver les problèmes environnementaux et de santé publique.

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